I.I Le Folklore de la Terre.

La terre forme avec le ciel, l’univers qui nous entoure. Dans cet univers, elle ne représente qu’un infiniment petit dans un infiniment grand. Cependant pour ceux qui vivent étroitement attachés au sol, c’est à partir de cet infiniment petit qu’ils ont dû imaginer toute la Création.

Le sol et les pierres.

La croyance aux pierres qui « poussent » est générale en Haute-Vienne, et dans le Limousin. Pour peu que vous vous montriez sceptique, le paysan vous entraînera dans son champ qu’il a retourné mille et mille fois avec sa charrue et il vous dira le bougre : « D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu les gens de notre maison ramasser ces pierres à pleins paniers pour aller les porter dans le chemin. Mais il y’en a encore et il y’en aura toujours ! Comment cela serait-il possible si elles ne poussaient pas » ? ( si las ne froujavan pas !)

Une croyance voulait qu’aussi longtemps qu’elle est enfouie dans la terre, la pierre pousse et reste molle ; mais au contact de l’air et de la lumière la pousse cesse ; la pierre se solidifie et durcit rapidement.

Armes et outils préhistoriques.

Les mêmes interrogations se posent à propos de l’origine des haches en pierres polie et des microlithes ( grattoirs, perçoirs, etc…) que la charrue ramène de temps à autres à la surface du sol. Depuis la plus haute antiquité, et à peu près chez tous les peuples, les haches sont appelées céraunies ou pierres à foudre, car ce n’est qu’au début du XVIII siècle qu’elles furent reconnues officiellement comme outils préhistoriques.

Dans la partie limousine de la Haute Vienne, on les appelle peyras dau touner, parce que lorsque la nuée et l’orage se rencontrent, l’éclair qui en jaillit « lance » ces pierres, qui se précipitent sur la terre à une vitesse vertigineuse, fendant et déchiquetant les arbres et s’enfonçant profondément dans le sol, c’est tout du moins ce que pensait la populace…

Les exemplaires que l’on découvre étaient jadis conservés précieusement car, venant de la foudre, ces pierres protégeaient contre elle. On les conservait, en général, dans la grange ou dans l’étable attenante plutôt que dans la maison. On ne les suspendait pas, on les posait simplement à plat sur une poutre ou un chevron. Ainsi elles étaient posées sur la grosse poutre qui au-dessus de la crèche des animaux, soutenait le plancher du véniel…

La même croyance existe dans la partie Marchoise. « L’origine de ces pierres, écrit de Beaufort, [1]est attribuée à la foudre, d’où vient le nom qu' elles portent. Deux paysans prétendent en avoir vu tomber une qui était de grosseur moyenne et, chacun la voulant, ils ne trouvèrent rien de mieux à faire que de la casser en deux. Et chacun emporta un morceau auquel il tenait beaucoup. Lui attribuant quelque propriétés protectrices sans savoir lesquelles. On les rencontre dans les champs assez souvent brisées, à une profondeur variable où la charrue les découvre pendant le labour. Quelquefois elles sont plus profondément enfouies : on en a trouvé à près d’un mètre. Dans un champ voisin de la grotte dite la « Maison des martes »[2]( la demeure des fées), des jeunes gens m’ont assuré en avoir rencontrées très souvent des fragments. »
Quant au microlithes : pointes de flèches et autres petits silex taillés, on les appelle griffes du diable (ounglias dau diable). Jadis les gens s’en désintéressaient mais aujourd’hui les enfants, et bien sûr les archéologues, les ramassent et les conservent…

[1] Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, année 1951.
[2] Les paysans appellent la Maison aux Martes une sorte de grotte naturelle, dans la commune de Cromac, près de la rivière, dont le plafond est formé par un banc de granit que d'autres blocs ont soutenu en l'air.
Les Martes, espèces de fées, parfois très laides et malfaisantes, connues surtout dans la région du Centre, résidaient aussi quelquefois au milieu des blocs et également dans le voisinage de l'eau. Les Martes étaient de grandes femmes brunes, aux bras nus ainsi que la poitrine, dont les mamelles descendaient jusqu'aux genoux, leurs cheveux épars tombaient presque jusqu'à terre. Elles inspiraient le plus grand effroi aux paysans qu'elles poursuivaient en criant« Tète, laboureur ! », et en jetant leurs mamelles par-dessus leurs épaules.


Monuments mégalithiques.

Dolmens.
La croyance que les dolmens ont été jadis des pierres druidiques servant notamment à des sacrifices humains n’a obtenu, qu’une fortune limitée.
Les légendes concernant aussi bien les raisons de leur construction que les conditions dans lesquelles cette construction s’est faite peuvent se diviser en trois groupes.

En terre d’Oc, on pense généralement que les dolmens ont été bâtis par la Vierge qui aurait elle même apporté les pierres nécessaires :
Uno sur so teito, ( une sur la tête), uno ou douas din sous davantau, ( une ou deux dans son tablier), e douas din sous pouchou ( et deux dans ses poches), elle portait donc la table sur la tête à la manière des paysannes ramenant une tourte de pain du bourg et les piliers dans son tablier.
Ainsi furent édifiés, entre autres, les dolmens de la Côte ( commune de Saint-Laurent-sur-Gorre), de Chez-Moutaud ( Saint Auvent), du Pouyol (Eybouleuf) et du Reineix (La Croisille).

Dans le Nord du département, dans la partie Marchoise, les dolmens sont appelé « les Pierres à la Marte », comme en Berry, parce que disait-on, ils servaient de refuge à des sortes de génies féminins, les Martes ( cf chapitre sur les êtres fantastiques).
Un des sites les plus impressionnants est celui des « Pierres Jaumatres » à Toulx-Sainte-Croix, en Creuse…
Dans nos climats moins riants, autour des dolmens qui couronnent les collines pelées de la Marche, les dolmens cachent un boeuf blanc, ou un veau d'or, ou une génisse d'argent et font rêver les imaginations avides; mais ces animaux sont méchants et terribles à rencontrer. On y court tant de risques, que personne encore n'a osé les saisir par les cornes. Et cependant il y a des siècles que les grosses pierres druidiques dansent et grincent sur leurs frêles supports pendant la messe de minuit, pour éveiller la convoitise des passants.

Enfin un troisième groupe de monuments a donné naissance à des légendes diverses. Par exemple le dolmen de Chez-Moutaud, celui du Theil (Château-Ponsac), celui de Bouéry ( Mailhac) et celui de la Borderie ( Berneuil) auraient été bâtis par des fées ( certains disent des bergères) désireuses de se construire un abri contre le méchant temps.
Mais plusieurs de ces légendes sont aujourd’hui perdues. C’est ainsi, selon Franck Delage, qu’à Berneuil, il existe un dolmen dit de La Leu dont le nom semble faire allusion à une assemblée et à Château-Chervix le dolmen du Fayet, situé au revers d’une colline appelée Mont Mercrou que les archéologues ont toujours traduit par Mons Mercurii.

Pour ces paysans la plupart de ces monuments cachaient un trésor, tel le dolmen du Reineix à la Croisille qui était appelé également le tombeau du Général car, disait-on, il servait de sépulture à un général qui y avait été enterré avec toute sa fortune. De pareils récits n’ont pas manqué d’exciter la cupidité des chercheurs de trésors qui, par leurs fouilles ont mutilé gravement et parfois détruit complètement plusieurs vestiges de ces temps préhistoriques.

Enfin, on croit partout que la foudre ne frappe jamais ces monuments, et on recommandait alors aux enfants gardant les troupeaux dans le voisinage de s’y réfugier en cas d’orage. Il est dit aussi que le blé, poussant dans les champs autour des dolmens, n’était jamais détruit par la grêle.
Si les fades qui hantaient les roches d'Ep-Nell ou Epinelle étaient bienveillantes, celles du mont Barlot protégeaient un immense trésor, mais également des eaux d'une grande pureté qui guérissaient les maladies des gens du pays. Un jour des prêtres vinrent briser les statues des vieilles divinités gallo-romaines, les gens se convertirent au christianisme et délaissèrent les sources bienfaisantes. Furieuse la Grande Fade bondit sur les rochers, donna un coup de pieds qui eut pour effet de tarir les sources, et lança un marteau en s'écriant : où le marteau tombera la source rejaillira. Ce fut à la station thermale d'Evaux.
Certains prétendent que cette légende eut lieu à Bord-St-Georges ou à Chambon.
D'autres encore vous diront, que ces fées jouaient, dansaient et sautaient par-dessus les ruisseaux et que la fête n'avait qu'une seule limite, imposée par leur reine " : Toutes les jeunes fées se doivent de quitter le Mont Barlot avant que le soleil ne soit descendu à l'horizon, derrière le Puy des trois cornes." Hélas, pour avoir un seul soir refusé d'obéir, la colère de la reine devint terrible. Elle se saisit du marteau, frappa de droite à gauche et sous la violence des chocs, les sources disparurent et laissèrent la place au chaos granitique.
On dit aussi que le trésor de l'ancienne ville de Toul est enterré aux Pierres Jaumatres, qu'il est gardé par un veau d'or féroce, et que la personne qui domptera l'animal, trouvera le trésor et le distribuera pour ramener l'âge d'or et l'ère du bonheur.

Certains dolmens très isolés, comme celui de Chez-Moutaud, étaient l’objet, de pratiques magiques et l’on s’y rendait en « dévotion » surtout pour les animaux. Mais à la différence de ce qui se passait pour les fontaines où les pèlerinages se faisaient au grand jour, ces dévotions aux pierres gardaient toujours un caractère secret.

On n’aimait guère passer dans leur voisinage pendant la nuit car plusieurs d’entre eux avaient la réputation d’être hantés par des bêtes peu « sympathiques ». A titre d’exemple, il y a le dolmen de La Tamanie, dans la commune d’Oradour-sur-Vayres, dont la table reposant complètement à plat sur le sol, servait jadis de lieu de repos à un énorme serpent de plus de huit mètres de long[5].

[5] Tous ces récits et superstitions s’appliquent d’ailleurs d’une manière générale, à toutes nos pierres à légendes.

Menhirs.
Les Menhirs ou « Pierres longues » sont également connus sous les noms de Pierre Fiche ou Pierre Fritte ( Petra Ficta) ou de Pierre pointue ( Pèregude, Peyro eygudo). Leur forme, qui est celle d’un cône irrégulier, rappelle assez bien le fuseau dont se servaient nos arrières grands-mères pour filer le chanvre ou la laine. Voilà pourquoi quelques légendes populaires attribuent leurs construction aux premières fileuses qui, ensuite, venaient en faire le tour en dansant. Pour d’autres, ces monuments ne sont pas autre chose que le fuseau de la Vierge qu’elle aurait oublié en promenant l’enfant Jésus dans nos forêts ( menhir de Cinturat, dans la commune de Cieux).
Enfin on donne une troisième explication qui s’apparente à l’édification des dolmens : ces pierres auraient été dressées par la Vierge qui les aurait apportées dans son tablier ( menhir du Theil à Gorre et menhir du Métayer à Saint- paul d’Eyjeaux).

Comme pour les dolmens, on affirme que certains d’entre eux dissimulent un trésor ( menhir des Fichades à Jouac). Ils ont donc également été fouillés. Et comme ces fouilles se faisaient toujours très discrètement, on n’a jamais su ce que les chercheurs avaient trouvés. Ce qui est certain par contre, c’est que l’opération ayant été conduite rapidement, les monuments se sont brisés dans leur chute, et les débris ont été utilisés comme matériaux de construction ou d’empierrement. Pour certains ce trésor mystérieux était une « source miraculeuse » où se faisait des dévotions ( menhir de Fountalino ou de la Fontanelle dans la commune de Saint-Just). Parfois le monument porte un nom à consonance celte comme celui de Lugin (Château-Chervix), qui semble être en relation avec le dieu celte Lugos.

Plusieurs menhirs sont capables de se déplacer : le menhir des Fichades qui , la nuit de noël, descend boire à la rivière et découvre son trésor, le menhir du Métayer qui, accompagné de quatre petits menhirs satellites, fait trois fois le tour du pré où il s’est fiché, pendant la messe des Rameaux. L’un d’entre eux a même été christianisé. Il s’agit du Menhir dit La Croix-Paraud de Nantiat. Sur le sol, près du monolithe, se tenait autrefois un disque de granit qui n’était autre qu’une croix grecque.
Un grand nombre de ces monuments sont encore l’objet, comme les dolmens, de pratiques et superstitions populaires.

Le menhir de Cinturat marquerait l’avance extrême des Anglais pendant la guerre de cent ans. La mort guetterait celui qui en tenterait l’escalade. Pour conjurer le mauvais sort, mais surtout pour se marier dans l’année, il suffit, la première fois que l’on aperçoit le menhir, de lancer un pierre sur un petit entablement qui existe près du sommet ; si la pierre se maintient, le vœu sera exaucé.

Alignements.
On n’en connaît qu’un seul en Haute-Vienne. Il est situé au Champ-avant-Clédié dans la commune de Château-Chervix. Cet alignement comprenait « cinq petits menhirs en granit dont un a été détruit au début du XXème siècle pour servir de coussinet à la roue d’un moulin. L’endroit où se trouve ces pierres est réputé pour être un ancien cimetière anglais ; les pierres levées seraient des tombes. L’une d’elles, en particulier passe pour être la tombe d’un chef »


Pierres à empreintes.
Après les monuments mégalithiques considérés comme « pierres druidiques ayant servi aux sacrifices », il paraît logique de placer les polissoirs et pierres à empreintes, que ce soit les cuvettes, les rainures, les rigoles, dont la présence a fait naître, dans l’imagination populaire, l’idée, qu’ici encore il s’agissait de pierres à sacrifices.

Pierre de l’étrade (Châteauponsac). Elle présente quelques cavités et une longue entaille. On l’appelle aussi pierre du jugement ou pierre à sacrifices parce qu’on s’en servait pour immoler les criminels.

Pierre du Chiroudi (Cieux). On l’appelle pierre aux sacrifices parce qu’elle porte l’empreinte d’un corps humain et des viscères.

Pierre de la Fade et Pierre des pageais ( Saint Sulpice les feuilles) Ces deux pierres sont situées dans un site où la tradition populaire place la cité détruite du Peu des Quatres-Vents. Sur la pierre de la Fade on exposait les morts tandis que la pierre des pageais qui présente une cavité et une entaille profonde est considérée comme la pierre à sacrifices de la cité perdue.

Pierres à empreintes proprement dites.
Sur de nombreux rochers on relève des cavités rappelant tantôt la forme d’un pied d’homme ou du sabot d’un animal, tantôt la forme d’une autre partie du corps humain. Ce sont ces pas et empreintes considérés comme d’origine surnaturelle qui ont donné lieu aux légendes, en voici quelques unes :

Pas du seigneur (Saint-Just) : Lou pas dau Seinhour est un rocher en saillie qui porte sur le côté une empreinte semblable à celle que laisserait la partie antérieure du pied d’une personne qui en aurait tenté l’escalade. Le « Seigneur », pour les gens du pays est le « Bon-dieu ».
Les pas et rochers de Saint Martin sont aussi très nombreux en Haute-Vienne.

Rochers et Fontaines de château Chervix : Poursuivi par les Anglais, Saint Martin descendait à cheval, au galop, la pente qui sépare l’Isaurre de son confluent. Quand tout à coup l’animal s’abattit. Projeté à terre Saint Martin se fit de graves blessures. Dans un grand effort, il se leva et voyant à ses pieds une source, et plus loin, deux roches il s’écria :  « Mon tombeau ne sera pas ici, mais là bas. »Il se traina jusqu’à la fontaine et y lava ses plaies, puis il s’agenouilla devant le rocher le plus proche, qui était aussi le plus petit, y posa sa tête creusant ainsi la cavité que l’on y voit encore. Il fit de même au grand rocher. Sur le lieu même où le cheval s’abattit, on a donné le nom de « sacoche de Saint-Martin » à une pierre qui a vaguement l’aspect d’une sacoche de soldat.

Le pas de la Mule  ( Saint Symphorien) : C’est une pierre plantée en terre sur laquelle sont gravés deux pieds de mule, reliés entre eux par une « glissoire » ; selon la légende, il s’agirait des pas laissés par la mule et le manteau de Saint Martin. Les gens qui viennent ici en pèlerinage ont l’habitude de placer leurs genoux dans les creux de la roche pour guérir des rhumatismes, d’où le nom de Saint Martin Genovillière donné à la fontaine.

La pierre du Juif errant à Saint-Mathieu : C’est une pierre sur laquelle le Juif errant de passage en Limousin se serait reposé un instant. ( NDR ce Juif errant a dû laisser fort mauvaise impression car cette expression était fort injurieuse à l’époque).

Pas de la mule à Ambazac et à Saint-Priest-Taurion : Les deux marques seraient le fait du diable dont la monture pour regagner l’enfer fit un bond si prodigieux que cela fit fondre la roche sur laquelle se trouva ainsi imprimé le sabot de l’animal.

Fauteuils, chaises, cuves…
Il existe d’autres rochers dont l’érosion et la désagrégation naturelle éveille l’idée de chaises, de berceaux voire de bacs ou de cuves. Comme pour beaucoup de pierre à empreintes, les ruraux ont cru y voir des lieux de repos pour la Vierge ou ses saints et quand bien même le diable…

Fauteuil de la Vierge au Theil (commune de Gorre) : c’est un rocher creusé en son milieu. A droite de ce « siège », la roche forme une sorte d’accoudoir dans laquelle on distingue trois petits trous : la Vierge y plaçait son coude sa main et l’enfant Jésus.

Lo peyro dau Cai à saint-Just : Cette pierre est encore connue sous les noms de peyro ficho ( pierre fiche) et de fauteu dau diable ( fauteuil du diable). Certains qui n’aiment pas l’appeler sous ce dernier nom lui ont donné l’appellation de « Fauteuil de Saint-Just ». C'est un rocher fixe présentant presque au milieu de sa masse un creux en forme de siège. Le lieu est mal famé. Car disait on le père B…. maréchal, vétérinaire, sorcier et accessoirement ivrogne, passait autrefois en ce lieu et devait, chaque fois, lutté avec le diable…

Pierres phalliques
Plusieurs pierres ont été pendant longtemps l’objet de pratiques anciennes ayant pour but soit d’obtenir des enfants, soit de trouver un mari. Quelquefois les rochers qui faisaient l’objet de telles pratiques avaient des formes nettement caractérisées ( phallus, fourche), mais souvent il s’agissait de masses informes de pierre, comme le rocher de la Bretagne près de Saint Junien, qui était autrefois l’objet d’un pèlerinage très connu en association avec une fontaine.

Cippe de Javerdat : A Javerdat existe un superbe cippe adossé à l’église. Auparavant il était isolé et était l’objet de dévotions particulières. Des femmes de tout âge, mais surtout de jeunes femmes en faisaient lentement le tour en récitant des prières. La procession achevée, elles baisaient le sommet du monument où se trouve une petite rigole dont le symbole, ici, est facile à comprendre puisque l’on a affaire à un phallus de fort bonne constitution. La Cippe de Javerdat était souverain comme aphrodisiaque pour les femmes sans enfants. Ces pratiques assez secrètes auraient cessé lors du rapprochement du moment de l’église. Mais il n’est pas impossible que certains cas désespérés y aient encore recours…

Pierre Fourchue à Arnac-la-Poste : C’est un groupe de pierres présentant une ouverture en forme de fourche. On l’appelle également « pierre du bonheur » car elle assure un prompt mariage aux jeunes filles qui l’enjambent…

Pierres branlantes.
Dans la mentalité populaire le rocher représente l’image de l’immobilité. Cependant, parmi toutes les grosses pierres qui existent à la surface du sol, certaines se déplacent pour aller boire à la rivière, d’autres virent et d’autres enfin bougent sous la faible pression d’une frêle main d’enfant, parfois de plusieurs centimètres. Les paysans les appellent les pierres virounaires ou pierres folles.

Pierre virounaire d’Arnac-la–Poste : Cette pierre va boire à la rivière, la veille de Noël, à minuit. Elle démasque un trésor, mais il est très imprudent de tenter de s’en emparer.

Rocher de Puy-Chaud à Blond : Cette pierre branlante ne « branle » plus parce qu’on l’a calée. Auparavant, elle pivotait sur sa base la nuit de Noël pendant que sonnaient les douze coups de minuit. Elle découvrait alors un trésor fabuleux. Une nuit de Noël une pauvre veuve qui connaissait la légende décida de s’emparer du trésor. Elle se rendit donc au rocher le soir de Noël, un peu avant minuit accompagnée de ces petits enfants. Quand la roche eut découvert la caverne au trésor, la veuve s’y précipita, lâchant ses enfants pour garnir plus aisément son tablier. Mais elle n’avait point saisi la moindre pièce que déjà le rocher se refermait. Elle n’eut que le temps de s’enfuir, laissant ses deux enfants emmurés.
L’année suivante elle revint, mais dédaignant le trésor elle se précipita sur ses enfants et les entraîna hors de la caverne.

La Pierre Servière à Montrol-Sénart : Cette pierre est un faux menhir. Les paysans racontent que lorsque les fées parcouraient nos campagnes, elle prenaient la Pierre Servière sur leurs épaules et tout en filant leur quenouille, elles la portaient boire au petit étang de la Ribière qui se trouve en contrebas.
Comme le rocher de Puy-Chaud cette pierre cachait un trésor qu’elle découvrait pendant la messe de Noël, au moment où le prêtre change son missel de place entre l’Épître et l’Evangile. Donc une nuit de Noël, une veuve accompagnée de son bébé pénétra dans la caverne. Pour mieux se servir elle avait posé son enfant à terre, mais déjà la pierre se refermait, et, elle n’eut que le temps de s’enfuir sans pouvoir le reprendre. Elle revint l’année suivante pensant retrouver un petit cadavre. Mais quand la roche s’ouvrit l’enfant était bien vivant. Il lui raconta, que pendant sa captivité il avait appris à parler et avait été nourri par un petit pigeon blanc.


Pierre Branlante de Boscartu à Cieux : C’est un énorme bloc de granit qui ne repose que par quelques points de contact sur une roche de même nature.
Il est incliné du nord au sud mais oscille de l’est à ouest. Ses oscillations dépassent sept centimètre d’amplitude. Les anciens disent que cette pierre servait autrefois de tribunal. Si un accusé réussissait à l’ébranler, il était par là même reconnu innocent et remis en liberté.

Pierre des Rampans à Saint-Priest-sous-Aixe : Cette pierre est un monolithe d’assez grande dimension qui était visité par des malades atteints de rhumatismes. On l’appelle la « pierre des rampans » ( des Rameaux) parce qu’elle a la propriété de remuer pendant la messe des Rameaux.

Autres Pierres à légendes.

On ne saurait avoir une vue complète des pratiques et des légendes qui entourent les vieilles pierres du Limousin. En dehors des monuments mégalithiques et des rochers, il existe d’autres pierres dont l’intérêt réside uniquement dans la légende qui les entoure :

Rochers de Villemonteix à Cheissoux : Ce sont deux énormes masses rocheuses qui auraient été placées en ce lieu par la sainte vierge qui les portait dans son tablier. On y voit la trace de ses pas ainsi que la forme gravé du berceau de l’Enfant Jésus. L’endroit est pourtant mal famé, car on prétend, que ces roches ont longtemps servi de tanière à une louve qui fit beaucoup de victimes dans le pays.
On dit aussi qu’un cheval blanc s’y cache. Ce cheval ne sort que la nuit pour aller boire dans une petite pêcherie qui se trouve au bord de la route et brouter l’herbe alentour. Il est dangereux de rencontrer cet animal qui poursuit les voyageurs jusqu’à leur épuisement complet.
La Roche-Vigeanne à Peyrat-de-Bellac : Dans le cirque de Peyrat se trouve un rocher magnifique dit « la Roche Vigeanne » qui surplombe la vallée du Vincou.
La «  Roche Vigeanne » servait de lieu de supplice pour les condamnés. La tradition locale affirme que les criminels y étaient conduits pour être jetés dans la rivière.

Divers.
Les endroits les plus mal famés étaient les vieux chemins, le voisinage des cimetières, mais surtout les carrefours.
Enfin tout contact avec le sol était une souillure. C’était le cas, en particulier d’un objet béni tombant à terre.


Nilfheim