I.V.FAUNE POPULAIRE

Le folklore présente de nombreux rapports avec les animaux domestiques ainsi que la faune sauvage : quadrupèdes, serpents, oiseaux et insectes.

Animaux domestiques.

Ils forment l'essentiel de la garniture d'un domaine en cheptel dit " vif ". On distingue plusieurs catégories :

Animaux de traits.
Dans les modestes exploitations du Limousin, le cheval de trait était peu commun. En effet, le prix du cheval, son harnachement, son attelage était hors de portée de la bourse de la quasi-totalité des villageois. Seuls, le propriétaire pour se rendre à la foire, le châtelain, pour conduire sa famille le dimanche à la messe, utilisaient les services d'un cheval, ou le plus souvent d'une jument poulinière.
La véritable bête de trait de nos campagne était l'âne. Il se contentait d'une nourriture beaucoup moins riche, et d'autre part, sa force physique était suffisante pour traîner un charreton léger qui pouvait servir à la fois de déplacement de la femme et des enfants au bourg, ou transporter de jeunes cochons à la foire. En outre il pouvait aussi bien servir comme bête de bât. Il partait parfois le surnom de " ministre ", mot qui ici doit être pris dans son sens étymologique : latin minister, c'est-à-dire " serviteur ".
Cette utilisation de l'âne avait entraîné un élevage prospère et certaines foire aux ânes, étaient très fréquentées.
L'âne (bourricou) ou l'ânesse (bourrico) étaient conduits aux prés avec les vaches. Il existait aussi la course aux ânes qui était la grande attraction des frairies, le spectacle ne manquait, bien entendu, jamais de pittoresque...

Animaux de charroi et de labour.
La charrue, comme la herse, le rouleau ou la charrette, étaient presque toujours traînés par des bœufs, ou des vaches. Le cheval, dont le tempérament est trop nerveux, n’a pas la résistance physique nécessaire pour tirer une charrue dans les terres compactes et lourdes du limousin, ou dans les chemins fangeux creusés par d’énormes fondrières.
Dans les grosses exploitations pourvues d’un cheptel important, on préférait utiliser des bœufs, de nature plus robuste que des vaches. Mais dans les petits domaine on utilisait des vaches, l’animal étant assez rustique, il pouvait outre ces travaux de productions (veau et lait) effectuer un travail de traction. Ces vaches appartenait dans le Centre à la race limousine et dans l’ouest la race parthenaise. A coté de ces vaches de labour, le paysan qui possédait des herbages suffisants entretenait une vache laitière (la brète).

Animaux d’élevages.
Une vache suivie de veaux était dite suitado et les tous jeunes veaux étaient las suitas. Le veau se disait en patois vedeu, mot qui désignait parfois le taureau. En Boucherie, on connaissait deux sortes de veaux : le veau sacrifié au bout de 4 mois et les veaux de Saint-Etienne et de Lyon engraissés après sevrage dont la chair rosé était apprécié des populations bourgeoises.
Une génisse était uno junjo et une jeune vache uno taulo, mot originaire du vieux français « taure ». Le parc d’élevage comprenait également des moutons, des porcs, et pour ceux qui ne possédaient qu’un lopin de terre une ou plusieurs chèvres.

Dans les parties montagneuses les troupeaux de moutons étaient numériquement plus importants, car ils se contentaient des pâtures fournies par les landes et les sous-bois. Les parties du département où l’herbe était grasse et tendre étaient réservées pour le gros bétail.
Le gardiennage des vaches était confié, en général, aux garçons, la garde des moutons était l’affaire des jeunes filles. A cette époque, où les loups étaient encore nombreux, les bergères se réunissaient par groupe de trois ou quatre pour garder ensemble le troupeau. Nombreux sont les récits où des gamine de 16 ans ont combattu contre le loup et l’ont vaincu aidé de quelques villageois alerté par les cris d’appel de la jeune jouvencelle.

Le porc  (gagnou) ou remplacé par le français  por, était appelé gouret, goureto, ou gourilhou quand il était petit. Une truie était uno troyo, plus rarement uno saumo et le verrat, lou varau.

Chaque maison avait au moins une truie dont on vendait les portées après sevrage complet, après trois mois environ. Sur cette portée on gardait un ou deux sujets que l’on engraissait pour la consommation familiale
Les porcs livrés à l’engraissement, étaient appelés nourain, ils étaient castré par un homme de la campagne, qui était aussi langueyeur, ou lingaire (cf artisans ruraux).
Les chèvres constituaient le bétail des gens pauvres, ceux qui ne possédait pas « une quitte prade » ( le moindre petit pré). On les conduisait le long des chemins dont elles broutaient le talus et la haie du pré contigu. Il est intéressant de noter que la présence d’un bouc dans une étable suffisait à chasser les « maladies », autrement dit les épizooties. Sûrement à cause de son odeur ! !

Animaux divers chiens et chats.
Le chien était dressé uniquement en vue de la garde des troupeaux et autrefois contre le loup. Les bêtes de chasse étaient peu nombreuses et appartenaient autrefois au châtelain et aux notables qui étaient les seuls à chasser au fusil.
Les chiens étaient bien sûr de fidèles compagnons pour les bergères et les vachers, mais ils étaient mal nourries, souvent rudoyés et étant à demi-sauvage ils pouvaient attaquer les personnes qu’ils ne connaissaient pas.
Le chat rendait de nombreux services en luttant contre la vermine qui grouillait dans les caves et les greniers, mais il était mal aimé car on disait de lui qu’il « appartenait à la race du diable ». Il était tout aussi mal nourri que le chien…

Animaux de basse cour
La poule est appelée lo poulo, mais autrefois on disait gelino. Le coq est lou jou. Le poulailler était situé le plus souvent au-dessus de la porcherie ; on l’appelait lou jaliniei. Avant de mettre a couver, il fallait prendre soin de placer au fond de la corbeille servant de pondoir, deux morceaux de fer en croix, cela protégeait la couvée contre le tonnerre.
On élevait encore des canards (ritous), des oies (auchas) ; le jar (lou jô), des dindes (pero ou pio). L’expression « grando pero » s’adressant à une jeune fille un peu niaise, signifie « grande dinde ». « Qu’ei une bravo pio » peut être traduit par «  c’est un drôle d’oiseau ».
Quand les poules faisaient un tout petit œuf, on disait : « c’est un œuf de coq », il fallait éviter de le casser car il contenait un serpent (allusion probable aux œufs de couleuvre que l’on découvrait parfois dans le fumier).

Dressage des animaux de joug.
Une vache ou un bœuf ne se liait pas indifféremment à droite ou à gauche du joug. Cependant ce n’était pas les mots « droitière » ou « gauchère » qui avait été choisis pour les distinguer l’une de l’autre, on ne considérait que l’ordre dans lequel on les liait.

Le laboureur portant le joug sur le bras gauche et faisant face aux animaux liait en premier la vache qui se trouvait à sa droite, cette vache était dite de primero, c’était généralement la plus docile et la plus expérimentée.
Quant à la vache liée en dernier on l’appelait la darniero. Elle tenait d’ailleurs fermement à son rang et refusait énergiquement à se laisser lier en premier.
Ces particularités faisaient que lorsqu’un paysan achetait une vache de labour, il ne manquait jamais de poser ces deux questions :
Ei-lo doundo ? ( Est-elle dressé ?)
Quau bano ei-lo ? (comment la lie t’on ?, litt : de quelle corne est-elle ?)

Cette dernière expression était d’ailleurs tellement courante, qu’on l’utilisait en parlant d’un couple ou d’une association qui marchaient mal : « Is ne sount pas de bano » ( Ils sont mal attelés).
Dans la plupart des communes le dressage commençait le jour du carnaval. « Ainsi, disait-on le travail était à moitié fait ». On plaçait aussi sous le joug la chaussette du plus jeune de la maison.

Le joug était fixé à la base des cornes par des courroies en cuir appelées jouilles (joulias). Leur longueur variait de 6 m à 8 m. Pour ne pas blesser l’animal on placait sur son front un coussin appelé frontau, remplacé le plus souvent par un vieux chapeau de feutre. Lorsque les cornes étaient particulièrement sensible, on entourait leur base d’une petite gaine en cuir appelée banichou.
Ainsi, l’action de « lier les vaches » était considérée par le paysan comme une chose suffisamment délicate pour qu’il ne la confie pas à n’importe qui, ou du moins a une personne dont il n’aurait pu vérifier lui-même les compétences en ce domaine.
La malformation des cornes chez une bêtes de labour était une sérieuse cause de moins-value. On distinguait quatres sortes d ‘animaux.
_chabrôlo, qui a les cornes relevées comme une chèvre ; c’était la plus facile à lier.
_bilhardo, qui a des cornes droites ; facile à lier si les cornes ne sont pas trop grosses
_bechudo, qui a les cornes orientés vers le bas ; est difficile à lier si les cornes sont trop écartées
_baiouno, qui a les cornes divergentes, une orientée vers le bas l’autre vers le haut.

Croyances et observances diverses.
Il existe quelques croyances et de quelques usages singuliers touchant les rapports de l’homme avec les animaux. Voici quelques faits.
Pour s’assurer la fidélité du chien que l’on vient d’acheter ou de recevoir en cadeau, il fallait lui faire lécher la bride de ses sabots, ou lui faire manger un morceau de fromage de Cantal préalablement réchauffé sous son bras. On ne devait jamais enjamber un chien, cela rendait épileptique .
D’une manière générale, on ne devait jamais emporter le chat lorsqu’on déménageait. Si, cependant, on tenait beaucoup à celui que l’on possédait, il fallait déménager d’abord puis faire spécialement un deuxième voyage pour le chat. On ajoutait aussi qu’il fallait s’arranger pour ne pas lui faire « passer l’eau » car cela portait malheur. C’est un fait bien connu que les chats se réunissent au sabbat du diable, la nuit du Carnaval. A cette occasion, dit, ils mangent les plus vieux d’entre eux. Rien que pour la Haute-Vienne, il existe de très nombreuses localisations de cette croyance : à Rochechouart, la croix de Blancharaux, à Rancon près du village de Basgros (après quoi ils vont sauter le clocher de Villefavard), à Surdoux à la Fontaine des Cent mille diables, à la Ribière de Champagnac où le centre de rassemblement était un vieux poirier en complète décrépitude, à Aixe où ils se réunissaient sous un chèvrefeuille. Il ne fallait jamais tuer un chat adulte car cela risquait d’entraîner une mort dans la maison. Enfin si l’on tenait à garder son chat, il ne fallait pas le chasser de la cuisine le jour où l’on tuait le cochon.

Autrefois, quand on conduisait une truie au verrat, on payait en liards la contribution qui était de trois sols, parce qu’on croyait obtenir autant de marcassins que l’on avait donné de pièces de monnaie. Trois sols en liards cela faisait douze marcassins, autant que la mère avait de tétines. Parfois , c’étaient les enfants qui conduisaient la truie et je ne sais pourquoi, mais il leur était soigneusement recommandé de ne pas s’asseoir pendant l’accouplement.
Lorsque c’était une vache que l’on conduisait au taureau, il était nécessaire, pour qu’il y ait fécondation et que cette fécondation ait lieu dans de bonnes conditions, de placer un peu de sel entre les cornes de l’animal ou de lui en faire manger dans une feuille de chou. On lui, mettait aussi dans la bouche de « l’herbe du chandelier », mais elle ne la mangeait pas, car c’était de l’euphorbe. Ailleurs, on se contentait immédiatement après l’accouplement de frotter vigoureusement le dos de la vache avec un bâton et de lui jeter un seau d’eau fraîche sur l’arrière-train.

Il arrivait parfois qu’une vache dont on venait de vendre le veau refusât de donner son lait. En pareil cas, on prélevait une touffe de poils sur le corps du jeune veau et on les faisait manger à sa mère enrobés dans une feuille de chou. A Nantiat, on les suspendait à son cou. Il suffisait, après avoir vendu le veau de faire sauter à la mère le balai mis en travers de la porte de l’étable. dans d’autres communes on considère que c’est là une conséquence d’un sortilège. Dans ces conditions, il faut prendre un crapaud vivant et l’attacher au cou de la vache ; au fur et à mesure que le crapaud se dessèche, l’effet du sortilège disparaît.
D’une manière générale, les visites dans les étables étaient indésirables après une mise-bas. Quand, huit à quinze jours après l’opération, on pouvait y pénétrer, sur l’invitation du propriétaire, il fallait d’abord se laver les mains et prononcer en entrant une formule de bénédiction comme la suivante « Que lou boun Dî i’o frôje ! » (Que le bon Dieu fasse prospérer tout cela). D’autre part, on ne devait jamais demander de précisions, par exemple sur le nombre de porcelets de la portée, ni sur la santé des nouveaux-nés.
Il ne fallait pas tondre les brebis pendant les Rogations.


Per las Razous
Ni lano, ni toueisous.

(Pour les Rogations
Ni laine, ni toisons.)


Quand on se livrait à cette opération, il fallait avoir soin, au moment d’enlever la toison, de faire passer la tête de la brebis au travers ; ainsi serait-elle protégée contre le loup et c’est pourquoi cette opération s’appelait la « toubade ».
Il suffisait pour que le lait soit bien crémeux de se procurer un jaquet, sorte de crapaud et de le tremper dans le lait en disant :


Saute jaquet,
Autant de crème que de lait !


On ne liait pas les bestiaux certains jours de l’année bien que ces jours fussent des jours brans, c’est-à-dire ouvrables ; il en était ainsi pour la Saint-Roch (16 août), pour la Saint-André (30 novembre), le jour des Morts, pour la Saint-pardoux (11 octobre), pour la Saint-Martin (11 novembre). Il y avait d’ailleurs pour cette dernière fête un proverbe :


Sen Marti
Eicorno biôs, casso mouli.

Saint Martin
Décorne bœufs, casse moulin.


Il était bon , chaque matin, de se laver les mains avant de pénétrer dans les étables, faute de quoi les bêtes risquaient fortement de tomber malades.
Enfin, il était d’usage de tenir au chaud les bêtes de laine ; c’est pourquoi on pouvait voir dans les bergeries les fenestrons obturés la plupart du temps par des tampons de foin ou de paille tandis que d’un autre côté, le fumier était laissé pendant tout l’hiver en place et n’était enlevé qu’au jour du Carnaval, produisant ainsi par sa fermentation une chaleur que l’on prétextait éminemment favorable aux animaux.

Animaux sauvages.

Lou sauvage désignait l’ensemble de la faune libre. Cette partie du folklore est assez vide car, d’une manière générale le paysan n’aimait pas rencontrer ces animaux qu’il considérait comme des porte-malheur. On voyait ainsi beaucoup de vieilles gens qui, se rendant à la foire et ayant eu leur route coupée par une de ces sauvagines, faisaient un long détour afin d’éviter de croiser leur chemin avec la piste de l’animal.
Seul le loup occupait assez souvent la conversation. C’est que, jusque vers 1900, ils étaient encore nombreux. En principe, il n’attaquait jamais l’homme, même disait-on, lorsqu’il avait faim. S’il venait rôder les nuits d’hiver autour des villages c’était pour pénétrer dans le poulailler ou le clapier ou pour dévorer quelque chien qui avait eu l’imprudence de se laisser fermer dehors. Cependant, affirment les paysans, un homme solitaire qui, la nuit, était pris en piste par un loup, voyait rapidement une meute l’accompagner car les fauves s’appelaient les uns les autres. La tactique, en pareil cas, était de garder son sang-froid et marcher au milieu de la route d’un pas régulier, car à la moindre chute toute la meute se serait précipitée sur l’homme à terre.
Il y avait un moyen pour effrayer le loup ; il consistait à marcher vers lui, les sabots à la main, en les claquant fortement l’un contre l’autre. On pouvait aussi, retourner tout simplement la petite semelle de paille ou de foin (lou fein) que les habitants ont l’habitude de placer dans leur sabots.
Le renard était également très commun. Quand l’espèce commençait à devenir nombreuse, les jeunes gens organisaient des battues ; les renards qui avaient été tués étaient ensuite promenés dans les villages et les fermières donnaient des œufs aux chasseurs.
La fouine (lo fleino), le putois (lou chapitouei), la loutre (lo lutro) et surtout la belette (lo beleto) étaient chassés au piège. Le blaireau (tai ou teissou) était très recherché à cause de sa graisse que l’on employait contre les rhumatismes.

Quand on rêvait d’un serpent, c’était signe d’argent et l’on disait que le propriétaire d’une maison dans laquelle nichait une famille de serpents deviendrait certainement très riche. Autre remarque : quand on parlait de la longueur d’un serpent il ne fallait jamais le faire en prenant pour base de comparaison un membre de son corps, sinon le serpent venait pendant la nuit pour vérifier si la comparaison était correcte. Enfin ceux qui avaient les « fièvres » sorte de maladie endémique très fréquente jadis, étaient guéris s’ils avaient la chance de voir une couleuvre emporter une grenouille, cette vision ayant pour effet de « couper les fièvres ».
Certains serpents étaient accusés de venir téter les vaches à l’étable ; si on les tuait après qu’ils avaient fait leur repas, la vache ne donnait plus que du sang, tout au moins la tétine qui avait été sucée.
On connaissait naturellement le petit lézard gris de muraille (grisolle, en patois grinjôlo) et le lézard vert. Tous deux, disait-on, sont amis des hommes, ainsi qu’en témoigne cette histoire : Après une matinée de labeur un homme s’était allongé à l’ombre d’une haie pour une courte sieste. Il dormait profondément lorsqu’une vipère sortit du fourré et s’approcha de l’homme avec l’intention évidente de le mordre. Mais, à ce moment une grisolle, selon les uns, un lézard vert, selon d’autres, se précipita sur le visage du dormeur qui se leva d’un bond et tua la vipère.
Les crapauds étaient très maltraités, non seulement à cause de leur aspect repoussant mais surtout, semble-t-il, parce qu’ils avaient la réputation de vous »pisser du venin » au visage afin de vous aveugler. Leur chant était interprété comme suit :


Simou, simou*
As-tu de l’argen ?
Nou, nou ;
Ni me, ni te,
Vitra, vitra,
As-tu dau taba ?
Nou, nou,
Ni me, ni te,
Bû ! bû !


* une variété de crapauds à ventre tacheté de jaune était appelée simou.

La grenouille est appelée tantôt granouilho qui est un décalque du français, tantôt galhaudo (qui vit dans les gaulieis autrement dit lieux fangeux), tantôt gueraudo et la grenouillère est lou gueraudiei, mot que l’on retrouve dans les noms de lieux. En beaucoup d’endroits on confond le cri de la rainette des arbres (lo rano) avec celui de la courtillère qui alors porte le même nom. Mais en d’autres, on distingue l’animal que l’on appelle lo rano de l’insecte qui est lou rale.
Il existe de nombreuses légendes et autant de contes concernant les animaux. Comme in n’est pas possible d’insérer ici toute cette littérature, je me bornerai à donner deux récits concernant la taupe.

« Dans le temps, la taupe et le crapaud n’étaient pas comme ils sont aujourd’hui : c’était la taupe qui avait des yeux et le crapaud qui n’en avait pas ; c’était le crapaud qui avait une queue et la taupe qui n’en avait pas. Un jour, ils se sont rencontrés, flairés, examinés.
- Tu as bien de la chance d’avoir des yeux, dit le crapaud.
- Et toit d’avoir une queue, répondait la taupe.
Ils réfléchirent.
- Je peux te donner mes yeux, dit la taupe. Pour ce qu’ils me servent ! Je suis toujours à creuser, à fouiller. Mais une queue m’aiderait bien à refouler la terre. Si tu veux, je te donne mes yeux et je prendrai ta queue.
Ils firent l’échange et c’est depuis ce temps que les taupes sont aveugles et les crapauds n’ont plus de queue. »

Il était, une fois, un homme et une femme qui n’avaient jamais eu d’enfant. Un jour, il leur naquit une toute petite fille. Ils furent si heureux qu’ils donnèrent à l’enfant la Sainte Vierge pour marraine.
Celle-ci leur dit :
- Elle est bien mignonne, et c’est grand dommage, car quelqu’un lui a jeté un sort. Aussi veillez à ce qu’elle ne tombe pas, car si elle tombait elle serait changée en petit animal.
L’homme et la femme prirent une servante pour garder la petite.
Un jour, on annonça qu’un régiment allait passer sur le grand-route. La servante demanda à sa maîtresse la permission d’aller voir les soldats. La maîtresse dit :
- Va si tu veux. Mais fais attention à la petite.
- N’ayez crainte. Je la tiendrai toujours au cou.
En arrivant sur la grand-route, une vieille femme vêtue de cotillons verts bouscula la servante qui laissa échapper la petite. Celle-ci tomba à terre et ce ne fut plus qu’une petite taupe qui prit sa course et disparut dans le fossé.

Serpents crapauds lézards,
Lou vere désignait l’ensemble des bêtes venimeuses, ou que l’on croyait comme telle : serpents crapauds, salamandres,etc…

Les serpents connus dans la région étaient la couleuvre verte et jaune, c’est la couleuvre commune que l’on appelait sar dans la partie sud et sud-ouest, barbôto et liô dans l’est, ce dernier terme caractérisant surtout le serpent légendaire qui hantait les ruines et les dolmens, comme la Tamanie à Oradour-sur-Vayres. On raconte que dans une petite propriété isolé nommée l’Autro, ou se trouvait une petite mare qui recevait les égouts des champs voisins, était hanté par une liô, longue et grosse coumo uno chadeno ( pièce de bois qui servait a doubler un attelage).
Une deuxième espèce de couleuvre était très redoutée, c’était la couleuvre d’Esculape que l’on appelait lou singlhar ou singlhan, longue comme un fouet et grimpait aux arbres avec une extrême agilité, capable de faire des bond de 4,50 mètre de haut.
Une troisième espèce était la couleuvre à collier que l’on nommait lo cô blan (celle qui a un cou blanc). Elle était fréquente dans certains étangs et mares, où elle se nourrissait de grenouilles.
Il y avait deux sortes de vipères, espèce très nombreuses en Creuse et en Haute-Vienne dont les morsures étaient souvent mortelles:
- la vipère commune ou péliade.
- l’aspic rouge (arpi rouge)

L’orvet (lou vanuei) n’est « paraît-il » qu’un lézard. Il était également très redouté, ainsi que le montre le proverbe suivant :
Si lo vanuei
Ovio dous oueis
E lou sarpen
Sas dens
Li aurio pus un chrétien

( Si l’orvet / avait des yeux / et la couleuvre / des dents / Il n’y aurait plus un vivant ! )


Oiseaux.

On trouvera des renseignements sur les oiseaux de la Haute-Vienne dans la brochure de A. Précigou .Malheureusement l’auteur qui était, avant tout naturaliste, n’a donné qu’exceptionnellement le nom patois des oiseaux et pour ainsi dire jamais cette interprétation en paroles de leurs chants que l’on appelle mimologismes.

Les pies qui, d’habitude, bâtissent leurs nids à la cime des arbres les plus élevés, bâtissent quelquefois très bas : cela doit être interprété comme l’indication que les orages seront nombreux et violents. Même observation en ce qui concerne les oiseaux qui nichent au bord des eaux : leur nid est placé plus haut ou plus bas selon le niveau que doivent atteindre les eaux pendant la période d’incubation. Enfin les canards, pies et autres oiseaux tirés par le chasseur à l’affût peuvent, paraît-il, compter jusqu’à un certain nombre, mais pas au-delà. Un chasseur se met-il en embuscade près d’un nid ? La mère ne s’approchera du nid qu’une fois le chasseur sorti de sa hutte ou de son abri. Si deux chasseurs sont entrés même précaution de la part de l’oiseau : il attendra que les deux chasseurs soient sortis. Même précaution encore s’il en rentre trois et qu’il n’en sort que deux : l’oiseaux attendra la sortie du troisième. Mais s’il en est entré quatre et qu’il n’en sort que trois, l’oiseau perd son compte ; il approche alors sans méfiance et se fait fusiller…

Voici maintenant une liste de quelques oiseaux :

Chouette. _ on en rencontre généralement deux types, la chevêche (lo chioto) et l’effraie (l’eibraveijo). Alors que la première se tient de préférence dans de vieux arbres creux, l’effraie habite les vielles ruines, les vieux bâtiments. C’était surtout cette dernière que les paysans clouaient vivante sur le portail de leur grange. Pour les paysans la chouette avait deux cris : un qu’ils appelaient lou planh, la plainte ou petit miaulement qui annonçait un décès , un autre tout joyeux qui annonçait une naissance. Dans le Limousin on croyait que le hibou et la chouette sont un homme et une femme qui font pénitence.

Le corbeau. _ le corbeau freux est le plus connu . On l’appelle graulo.

Le Faucon ._ Il est peu connu dans nos campagnes où on le confond souvent avec l’épervier. D’après A. Leroux (Chronologie de St Yrieix) Sainte Karissime nièce de St Yrieix avait la charge de faire retrouver les faucons perdus ; c’est pourquoi autrefois, son image était placée auprès des volières seigneuriales.

La Grue._ On en parle surtout au pluriel : las gruas. Elles passent durant plusieurs jours, par grandes bandes en V, au mois de mars et d’octobre. Au mois d’octobre au moment des semailles elles chantent :

Gri-Grroû ! Gri-Grroû !
Blado bouiei, blado,
Fait marchar to gulhado ;
Quand nous tournaran
N’eissarbaran.

(Gri-Grroû ! Gri-Grroû !
Sème paysan sème
Fait marcher ton aiguillon ;
quand nous reviendrons ,
nous sarclerons)

Hirondelle._ oiseau du bon Dieu considéré comme porte-bonheur. C’est elle qui apportait une pierre magique appelée « peiro-buri » ou téssère, utilisé lors de rites de magie « médicales ».

Pie._ Elle était considéré comme un oiseau diabolique, on l’appelait donc jasso ou ajasso

Pivert. _ Son cri «  I’ai se ! I’ai se !
(J’ai soif , j’ai soif !)
Dieu l ‘a puni, pour n’avoir pas voulu participêr avec les autres oiseaux à la construction d’un puits qui devait leur fournir de l’eau à tous. Son chant est signe de pluie.

Pigeon._ On voyait autrefois quelques passages de pigeons sauvages. Comme le pigeon domestique ; le mâle se montre toujours très « entreprenant ». Lorsqu’il tourne autour de la femelle il dit :
« trousso tous coutilhous ! »
« trousso tou coutilhous »
( Relève tes jupons !)


Insectes.

Les moustiques étaient autrefois beaucoup plus abondants qu’aujourd’hui. Pour qu’ils ne piquent pas pendant l’année, on leur offrait, le jour du Carnaval, une cuillerée de bouillon gras.
La guêpe était lo béco et le guépier un béciei. Les gros frelons étaient lous burgaus et leur nid un burgaudiei. Ils étaient très craints et on disait « qu’ils n’en fallait pas plus de neufs pour tuer un bœuf. »
Le hanneton s‘appelait galobouei ou cinsô La lucane mâle ou cerf-volant était lou banar. La corne gauche d’un banar placée dans la poche d’un parent ou d’un ami à son insu lui tenait lieu de porte-bonheur.
Un autre insecte porte-bonheur était la coccinelle (pibôlo ou pamparôlo) on l’appelle aussi la « bête à bon Dieu. Une coutume voulait que lors des mariages, les fillettes et parfois les jeunes filles cherchaient à connaître grâce à la coccinelle l’époux que le sort leur destinait. Mais les garçons se livraient aussi à un jeu où cet insecte tenait la première place. Il consistait à lui faire sécréter un liquide rouge. Ils crachaient dans le creux de leur main gauche, mettaient la coccinelle dans la salive et lui chantaient cette incantation :

Pipo, pipô vôlo,
Balho-me toun vin rouge
Te balharai dau mî blan.

(Pipe, pipe, vole,
Donne-moi de ton vin rouge
Je te donnerai du mien blanc.)

Mais on lui chantait aussi :

Pine, pine, vole 
Prends ton mante
Va t’en à l’école.

Nilfheim